la poursuite
quand la vision touche au paranormal
A partir d'une scène entrevue furtivement, on peut imaginer un scénario criminel.
ça n'arrive pas que dans les films de alfred Hitchcock.
Et quand l'action est vue depuis une voiture, l'effet est décuplé.
De quoi vous rendre ..."chèvre".

la réparation
Après son accident au carrefour de la Pomme, Christian Ranucci roule 1 km avant de s'arrêter.
Son pneu arrière frotte contre la jante. Il stoppe sur le bas-côté pour redresser la tôle.
C'est alors qu'arrive dans leur Renault 15 bleu le couple qui l'a pris en chasse. Ils notent son numéro d'immatriculation en passant à sa hauteur.
le passage
Christian Ranucci est a croupis à redresse la jante de sa voiture, garé sur le bas-côté.
Ses "poursuivants" l'ont rejoint.
La passagère peut le distinguer de dos, penché sur l'arrière sa voiture.
Cette vision emmènera cette femme à lâcher malencontreusement dans une interview qu'elle l'a vu ouvrir la portière arrière.
Le problème, bien sûr, est qu'il n'y a pas de portière arrière sur le modèle Peugeot 304 coupé.
En réalité, le conducteur est en train de réaliser une réparation de fortune sur la jante. Son dos masque l'absence de portière. L'observatrice peut alors croire l'espace de quelques secondes qu'il s'apprête à ouvrir cette portière imaginaire.
La déduction relève du bon sens pour quiconque capte la scène furtivement. Quand on passe à côté dans un déplacement transversal, on a à peine le temps de voir.
La voiture saisie pour les besoins de l’enquête rappelle à qui veut le vérifier qu’il n'y a pas de portière arrière. Alors on retiendra seulement du témoignage la position penchée de l'homme entraperçu.
Penché comme s'il soulevait quelque chose ...
l'action
Christian Ranucci soulève effectivement "quelque chose".
En l'occurrence la plaque de tôle pour la remettre droite.
Mais pour qui passe rapidement à côté en le voyant de dos, impossible de deviner qu'il est en train de s'écorcher les mains sur de la tôle froissée.
Ce "bricolage de fortune" explique les blessures superficielles relevées par un médecin mandaté durant la garde à vue. A moins que les écorchures ne se soient produites peu après, quand christian Ranucci place des branchages en-dessous des roues de la voiture pour l'extraire de la champignonnière.
Mais l'observatrice de la Renault 15 peut seulement évoquer devant les enquêteurs un homme qui soulève "quelque chose".
Et ce quelque chose pourrait aussi bien être ... un paquet.
Avec un peu de temps et de bonne volonté, on y arrive !
Il suffit de vouloir satisfaire les enquêteurs.
la transformation
Le "paquet" pose un problème. Il parait totalement incongru dans le décor.
Il n'y a pas une habitation dans les parages. On se demande bien ce qu'un individu seul pourrait trimbaler en cet endroit.
A moins bien sûr qu'il cherche à se débarrasser en pleine nature de ce chargement. De là à ce que ce paquet soit le cadavre retrouvé dans le secteur... Avec une telle explication, on retombe comme par enchantement sur nos pattes. Et nos enquêteurs tiennent leur coupable.
L'alpha a rejoint son oméga.
les satyres du Michigan
Cette vision anodine d'un homme qui bricole sa voiture, et qui devient un criminel transportant sa victime a de quoi tenir du surnaturel.
Et il semble que les visions des automobilistes ou leurs passagers puissent bien contribuer à ce genre de phénomène. On en veut pour exemple le cas des satyres du Michigan.
Dans le Michigan, région des États-Unis boisée et verdoyante, des satyres auraient été aperçus en pleine nature.
Non pas des exhibitionnistes ou quelconques pervers, mais bien la bête à cornes debout sur ses sabots arrières. La réincarnation du personnage fantastique de la mythologie gréco-romaine qui réapparaitrait dans notre 21e siècle.
L’information pourrait seulement prêter à sourire, si elle n'avait pas été relayée par la presse. Un travail d'investigation à recueilli l'interview de personnes apparemment saines d'esprit.
Point commun entre les témoignages : ils auraient été réalisés à partir de voitures roulant en pleine campagne. On y arrive !
Pour peu que le vent souffle dans le dos de la créature fantastique, elle n'aurait pas été avertie pas ses sens olfactifs et auditifs de la présence d'une automobile pour s'éclipser à temps.
L'apparition surnaturelle a pourtant une explication très simple.
L'auteur de ses lignes l'a lui même expérimentée.
les chèvres de Bretagne
Quand vient la belle saison, les chèvres sont attirées par les feuilles tendres et les bourgeons sur la pointe des branches.
Certaines de ces bêtes peuvent se dresser debout sur leurs pattes arrières pour atteindre ce genre de "friandise".
Quand on veut on peut.
Si l'observation est parfaitement banale pour un promeneur dans un champ, il en est tout autre pour un automobiliste qui saisirait la scène en passant dans le coin.
Pour l'avoir expérimenté en empruntant une route en Bretagne, je puis garantir que la vision, si elle se limite à quelques secondes, est tout à fait troublante.
Vous me direz qu'entre un homme et une chèvre, les différences sont tout de même notables.
Mais si l'on saisit le moment où l'animal est en position debout, c'est la posture qui prédomine dans l'identification de la créature.
Car reconnaissons-le, dans les régions tempérées, la position statique est l'exclusivité des mammifères humains.
De plus, regardez l'expression de la tête d'une chèvre. Ni a-t-il pas un quelque chose d’étonnamment humain ?
La société occidentale s'est inscrite dans la logique du matérialisme. Mais dans le même temps elle laisse s'épanouir l'anthropomorphisme.
Ces visions de satyre semblent nous éloigner du sujet.
Quel rapport avec le mystère du carrefour de la Pomme ?
Une vision furtive depuis une voiture permet de ressusciter un animal mythologique. Dans ce cas, un paquet qui devient un enfant peut dans les mêmes conditions d'observation devenir un miracle authentifié.
C'est exactement le même principe qu'une attraction incontournable de la foire du trône.
La vitesse de passage du train fantôme devant l'animation provoque l'illusion. Le cerveau du passager n'a pas le temps d'analyser, qu'il passe déjà à une autre scène.
le cheminement
On voit donc étape par étape comme une situation anodine est perçue comme une action criminelle.
Nulle perversité ou délire derrière cette vision furtive. Il y a tout au contraire un besoin de rationalisation d'une scène que l'on n'a pas eu le temps de comprendre.
Mais si l'esprit humain pense brièvement trouver satisfaction par cette explication, l’apaisement n'est que de courte durée.
Si c'est bien un enfant, ce qui n'était pas convenu au départ, alors vient naturellement de la bouche de l'enquêteur cette question :
" pourquoi n'avez-vous rien fait ? "
Pour sa bonne conscience, puisqu'on n'est plus à une extrapolation près, il suffit de rajouter que l'on s'est arrêté et que l'on a même lancé un appel vers l'individu qui s'enfuyait.
Quand le propos ne gène nullement les attentes des enquêteurs, et même bien au contraire les satisfait pleinement, pourquoi s'en priver ?
l'effet "train fantôme"
Le témoignage humain est par nature fragile. Les propos recueillis doivent l'être avec précaution.
Mais le témoignage de la personne véhiculée doit carrément être sujet à caution, voir à suspicion.
Pour autant, c'est ce type de témoignage pris à la volée depuis des véhicules qui a été privilégié au cours de l'enquête et l'instruction de l'affaire Ranucci.
3 autres témoignages, en d'autres lieux et autres moments, ouvraient une autre piste : celle de l'homme "à la Simca 1100".
Cette piste n'a pas été explorée. Quand bien même les dépositions émanaient de personnes piétonnes au moment des faits, et ayant donc eu le temps d'observer.
On leur a préféré les visions furtives qui ont « l’avantage » de mieux se prêter à l’interprétation. C’est cette observation fugace et déformée par la vitesse que nous appellerons "l'effet train fantôme".
Le principe permet de comprendre comment un "paquet" devient un enfant. On part du postulat qu'une vision furtive depuis un véhicule conduit à une extrapolation de l'image enregistrée dans le cerveau.
On peut rétorquer qu'il n'est pas possible d'appliquer cette théorie à une situation unique et inédite. De plus, la véracité scientifique s'éprouve à la répétitivité de l'expérience.
Et on peut aussi arguer que la corrélation entre le phénomène des satyres du Michigan et la vision du couple témoin n'est pas directe
Et bien il se trouve que l'on a un phénomène tout à fait analogue, pour lequel le rapprochement est incontournable. Une situation aux conditions similaires car elle se déroule au même endroit et ... à peine 1/4 d'heure avant.
épilogue
Souvenez-vous de la Renault 16 blanche qui percute le véhicule de christian Ranucci au carrefour de la Pomme.
L'action est brève. Elle ne dure guère plus que le temps de la collision, suivie d'un tête-à-queue, et d'un redémarrage en trombe.
Notre infortuné conducteur ne notera qu'un seul passager : l'homme au volant de la Peugeot 304 coupé.
Puis 7 jours plus tard, le conducteur de la R16 parle d'une "forme" entraperçue sur la banquette arrière.
Cette forme se transformera plus tard en enfant, mais cette fois-ci sur le siège avant. Et cet enfant sera lui-même projeté vers la banquette arrière après une collision ... latérale.
Çà vaut bien tous nos satyres à corne du Michigan cette histoire, n'est-ce pas ?
conclusion
Le témoin qui n'a pas eu le temps de bien voir est la proie idéale d'enquêteurs pressés de conclure une affaire.
Mais cette observation aussi furtive soit-elle ne risque pas de disconvenir à la juge d'instruction. On en a la démonstration le 10 juin 1974. Ce jour là a lieu la reconstitution du rapt. Cette étape se limitera à un coup d'œil à la cour de la cité Saint-Agnès ... depuis l'estafette des gendarmes !
Quand on vous dit que l'affaire a été menée à toute vitesse ...