2014 : les innocentistes
à la radio le 6 juin 2014
Pour les 40 ans du début de l'affaire, jacques Pradel invite dans "l'heure du crime" deux belligérants bien connus du procès.
Au micro de RTL / maître Lombard l'avocat, et paul Lefèvre le chroniqueur judiciaire. Ils confient chacun les sentiments qui les animaient durant les audiences.
"réhabilitez-moi !"
Christian Ranucci a-t-il véritablement prononcé cette phrase : "réhabiltez-moi" ? Ses avocats l'affirment, alors qu'on traînait le supplicié à la guillotine.
Le propos est sujet à caution. Dans une interview à Paris Match, on interroge le "photographe", soit l'aide bourreau qui tenait la tête de condamné en travers de la lunette. Il donne une toute autre version.
Le supplicié aurait plutôt grommelé une phrase du genre :
"vous ne voulez tout de même pas que je vous félicite !"
qui croire ?
Le mensonge fait partie de l'attirail de l'avocat. Maître Lombard est le 1er à le reconnaître.
Mais en 2014, il reste inchangé sur les déclarations qu'il avait énoncées à la sortie de la prison des Baumettes. Car dit-il "le mensonge ne sert plus à rien quand tout est fini".
La phrase "réhabilitez-moi !" semble pourtant digne d'une réplique de cinéma. Elle clôture d'ailleurs le film de michel Drach "le pull-over rouge". Se pourrait-il alors que maître Lombard ait cru que le condamné envoyait ce message à travers son regard ?
Il semble au final que le propos ait bien été prononcé.
la règle de 3
Christian Ranucci avait 3 avocats pour le défendre.
Et même si l'un d'entre eux s'est défaussé au cours du procès, ils étaient tous les 3 présents à l’exécution.
Et au moins 2 ont confirmé le "réhabilitez moi !"

Connivence entre confrères du barreau ?
C'est impossible : ces 2 avocats ont d'une part confirmé le propos séparément. D'autre part, c'était à une période où ils étaient brouillés. Le 3e avocat n'a pas démenti.
On peut même affirmer que c'est bien la seule unanimité qui restait entre eux.
Car si maître Lombard clame encore l’innocence de celui qu'il a défendu, son adjoint qui l'assistait n'en était pas convaincu, et le 3e avocat pas du tout.
Il n'y a que sur la tirade final qu'on ne se déchire pas.
la peur
"j'ai eu peur durant le procès" confie paul Lefèvre.
La foule crie "à mort" à l'extérieur, et s'en prenait aux avocats. Il devenait dangereux pour un journaliste de se départir de l'opinion générale.
Et pourtant il confie le soir à sa rédaction qu'un doute sérieux existe. On lui signifie qu'il est préférable de s'aligner sur la position des autres journaux.
la presse
Le témoignage de paul Lefèvre illustre bien l'illusion d'une presse libre.

On croit que seul le pouvoir central où les puissances financières pourraient tenter de museler l'expression journalistique. La pression vient certes d'en haut. Mais d'en bas également.
La presse est faite pour vendre du "papier". Elle doit répondre à ce que l'opinion publique a envie de lire. Et quand cette opinion est déchaînée il lui faut du sang.
A l'époque, il n'y a que 2 chaînes télé avec 2 journaux télévisés. Lorsque l'on change de chaîne, on a de grande chance de retomber sur le même sujet, présenté au même moment. Et on constate qu'il est à peine traité différemment. Dans cet alignement qui n'épargne aucun journaliste, il est d'autant plus difficile de douter.
Les jurés se déterminent en leur âme et conscience et en fonction de leur "intime conviction". Pour autant, ils lisent aussi les journaux pour se forger une opinion.
le scoop
Paul Lefèvre ne cache pas sa rancœur à l’égard du couple témoin de l'accident :
"fallait bien qu'ils aient quelque chose à raconter à "Provence" ces deux là !"
A l'inverse, le chroniqueur judiciaire évoque avec une ferveur émue Mme jeannine Mattéï. Cette femme est venue seule témoigner : il y avait bien un kidnappeur d'enfant qui rodait dans les cités de Marseille, mais qui n'avait rien à voir avec christian Ranucci.
Voilà ce qu'on appelle "le héros du quotidien". Madame Mattéï n'aura droit à aucune reconnaissance officielle. Mais on peut légitimement lui rendre hommage aujourd'hui.
