l'identification
peut-on reconnaître celui qu'on ne voit pas ?

il semble que dans l'affaire
Ranucci tous les témoins
ont des revirements de mémoire
le ravisseur
" voulez-vous m'aider à retrouver mon chien noir ? "
Cette phrase, l'enfant qui jouait dehors avec sa sœur l'a entendue de la bouche du ravisseur.
Il a donc vu cet homme. Mais ce garçon qui avait 6 ans peut-il pour autant le reconnaître ?
la présentation
Le jeune garçon devenu adulte n'acceptera qu'une seule interview.
Probablement pour rencontrer l'un des marseillais les plus populaires auprès du grand public : jean-pierre Foucault. Mais il lui tient des propos sans rapport avec la réalité.
| date | lieu |
suspect |
véhicule |
| juin 1974 |
Marseille hôtel de Police |
il ne reconnait pas Christian Ranucci en face de lui comme "l'homme au chien noir" |
il identifie une Simca comme la voiture du ravisseur |
| 1992 |
interview par jean-pierre Foucault |
il affirme que c’est bien christian Ranucci qui lui a demandé de chercher son chien noir à la cité Saint Agnès |
il affirme que petit il ne pouvait pas identifier les voitures |
Ces revirements semblent dictés par le besoin de cohésion familiale, l'influence du père sur l'enfant.
physionomie
Les propos tenus à 24 ans par le garçon devenu adulte ne résistent pas à l'analyse des faits :
Pour un enfant qui n’était pas capable de reconnaître les voitures, le jeune garçon s’en était plutôt bien sorti. Il a désigné la même marque qu'a citée le garagiste témoin de l'enlèvement.
L'enfant est confronté à christian Ranucci le surlendemain du rapt. Il ne reconnait pas le ravisseur qu'il a vu face à lui l'avant-veille.
Mais 18 ans plus tard, il affirme que c'est lui !
Le parcours de vie connu par cet enfant mérite la mansuétude pour ses propos.
Mais quelqu'un d'autre devrait aussi largement mériter plus de l'indulgence. Surtout quand il s'exprime derrière la caméra pour une scène qui ne met nullement en cause les enquêteurs.
Cet homme dont on doit respecter le travail est le réalisateur du film "le pull-over rouge".
le film
En 1978 michel Drach reconstitue pour le cinéma la scène d’identification du véhicule.
Des photos sont présentées à l’enfant.
"Mensonge !" clament les partisans de la culpabilité. Dans la réalité, On a amené le garçon faire un tour au parking.
Il n'y a jamais eu de présentation de photos de voitures.
cinéma et réalité
La scène d’identification du véhicule par photo est-elle un « raccourci cinématographique » ?
On peut y voir une illustration plus directe de la procédure.
Cette scène est d’abord, reconnaissons-le, l’image de policiers faisant consciencieusement leur travail. Pour des gens dont les méthodes ont pu être mises en doute sur cette affaire, c’est plutôt un hommage à leur professionnalisme qui est rendu dans le film !
Présenter à un témoin les photos de personnes fichées revient souvent à chercher une aiguille dans une botte de foin.
L’allure, le teint, la corpulence et la pilosité du personnage peut différer totalement de la réalité.
En revanche, des photos de voitures ne souffrent pas d'autant d'incertitudes.
Accuser un réalisateur de mensonge quand il présente les policiers sous un jour professionnel compétent et avisé : un comble !
le tapissage
Un autre reproche fait à michel Drach est la scène de tapissage.
Dans le film, le couple de toulonnais qui se dit témoin du lieu de l'assassinat ne reconnait pas christian Ranucci au milieu de figurants.
Il faudra une confrontation en tête à tête pour que la femme le désigne comme l'assassin.
que s'est-il passé ?
Sur ce qui c'est réellement passé le 6 juin 1974 au commissariat de Marseille, il existe 3 témoignes successifs.

Entre les déclaration des 2 toulonnais et du policier présent à l'identification, on s'y perd un peu. Sauf que c'est par le dernier, celui qui est assermenté, qu'on apprend que le tapissage a un été un échec.
le serpent se
mord la queue
Si le tapissage avait donné le résultat escompté par les enquêteurs, la confrontation directe avec les deux toulonnais devenait superflue.
Elle était même carrément à éviter.
Surtout qu'il n'y a que le mari pour prétendre que le tapissage a permis l'identification. L'ancien policier n'en parle même pas.
Il faut croire que le tapissage soi-disant réussi n'a laissé ce souvenir qu'à une seule personne : le mari.
Plus crédible aurait été une confirmation officielle. Or de ce tapissage, il ne reste aucune trace dans les PV du dossier d'instruction. Pas plus que dans la mémoire de l'ancien policier assermenté. Pourtant, il était au fait de la polémique sur cette identification.
conclusion
Quand les souvenirs dérangent, la mémoire les arrange.
Le frère de la victime, tout comme le témoin qui a poursuivi la voiture de christian Ranucci semblent modifier dans leur esprit les points dérangeants.
Qu'il s'agisse de reconnaître "l'homme au chien noir" et sa voiture pour l'enfant, ou du résultat de tapissage pour les deux, les réponses qu'ils fournissent aux enquêteurs dans un premier temps écartent christian Ranucci de la piste du suspect.
Mais par la suite, l'enfant sous la pression de son père, le toulonnais sous la pression de sa mauvaise conscience, "arrangent" leurs souvenirs. Il s'agit de se convaincre que christian Ranucci désormais exécuté était bien coupable. Manoeuvres autant pathétiques que dérisoires, car à se contredire on finit par se discréditer.
